Inde : quand les musulmans sont victimes d’oppression

L’Etat indien est en proie à d’importantes violences, depuis mardi soir, contre les musulmans qui ont fait environ 400 blessés et 120 morts. Ces heurts révèlent la polarisation religieuse extrême créée par les hindous nationalistes, au pouvoir depuis juin 2015.
Mercredi matin, le New-Delhi, la capitale de l’Inde, s’est réveillé douloureusement. Restes d’immeubles incendiés, commerces fermés, rues désertes… Les faubourgs populaires de l’Inde sont en proie, depuis le début de la semaine dernière, à de graves violences de la part des hindous nationalistes armés sur des endroits et des personnes identifiés comme musulmans. Ceux-ci se rassemblent depuis janvier – régulièrement – en vue de dénoncer une loi sur la citoyenneté (visant notamment à étendre l’attribution de la nationalité sur des critères religieux) jugée discriminatoire pour les fidèles musulmans. Un dernier bilan fait état de 400 blessés, la majorité par balles, et près de 120 morts. C’est la pire flambée de violences en Inde depuis les années 1980.
Les victimes et les témoins font le récit de scènes très, très violentes. Durant une semaine, des émeutiers armés de pistolets, de sabres ou encore de pierres ont semé la mort et le chaos dans les quartiers indiens. Plusieurs photos et vidéos postées sur Facebook, Twitter ou encore sur Instagram montrent des images d’hommes et de femmes casqués frappant des gens à terre. Selon les horaires de prière en Inde, les victimes semblaient à peu près autant musulmanes que hindoues. Plusieurs blessés et morts ont été ainsi victimes de plaies par balles. Cette flambée de violences s’inscrit en effet dans un contexte de montée du nationalisme hindou depuis plus de sept ans, incarnée par le Parti du peuple indien (PPI), et Narendra Modi, le Premier ministre.

       Une politique discriminatoire

Une nouvelle loi sur la citoyenneté indienne a été adoptée le 20 mars 2020. Cette loi exclut les candidats de nationalité musulmane, rompant avec les valeurs et les principes d’égalité et de laïcité, pourtant inscrits dans la Constitution.
En effet, la nouvelle loi de mars 2020 modifie celle de juin 1950, fondant la citoyenneté sur 2 principaux motifs : d’une part, l’origine indienne basée notamment sur l’ascendance et la naissance, et la résidence continue et longue d’autre part. L’attribution de nationalité est désormais étendue à tout réfugié chrétien, parsi, jaïniste, bouddhiste, sikh et hindou en provenance d’Afghanistan, du Pakistan ou encore du Bangladesh, entré en Inde avant 2016. A ce titre, le gouvernement indien prévoit l’exclusion des musulmans. Il est important de rappeler que l’islam est en Inde la 2e religion après l’hindouisme.